Texte de l’exposition Murmuration — 2024
Cassandre Fournet

Issue des déambulations de Cassandre Fournet, la récolte d’images quotidiennes est fructueuse si elle s’applique à: lever la tête pour libérer le regard, observer son environnement et ne pas emprunter les mêmes trajets quotidiens.
Cet approvisionnement photographique régulier atteste de l’attraction systématique de Cassandre Fournet pour les théâtres de chantier, les arrangements urbains et les attributs historiques des constructions.
Capter ces paysages instantanés est la première étape de son approche picturale et graphique.
L’ensemble des œuvres de Cassandre Fournet est une sorte d’enquête des temporalités de zones parenthèses. C’est d’ailleurs en ce sens qu’elle assume une approche archéologique.
Ses toiles et dessins sont analytiques pour prendre le temps du détail et le retranscrire comme un témoin.
Trois récurrences marquent les dernières peintures de Cassandre Fournet : le plot de chantier, repère expressif et coloré, la rubalise et le grillage comme quadrillage et ponctuation de la ville. Ces motifs composent avec nombre d’ouvertures et de devantures en tout genre. Dans les interstices apparaissent les adventices et leur remarquable capacité à exploiter les failles invisibles du paysage. L’artiste les fait surgir et souligne l’adaptabilité de ces plantes spontanées, appuyées à la durabilité des pierres.
Les lettrages des enseignes côtoient la liberté des tracés des bombes aérosols. Le temps s’étire alors dans la représentation des graffitis ; entre celle du graffeur qui ne dure que quelques secondes et celle de la peintre qui reproduit l’effet du spray à l’acrylique pendant plusieurs heures.
Dans cette exposition, Murmuration, Cassandre Fournet présente 72 nouvelles peintures acryliques, régies par la dispersion et des changements de formats influant sur l’appréhension picturale : vingt par vingt, dix par dix et les très petits extraits carrés d’images de cinq par cinq centimètres.
Le relief palpable dans cet ensemble aux bords peints s’affirme dans l’espace avec l’apparition d’éléments sculpturaux en série, les moulages en plâtre de petits plots de signalisation. Elle quitte un instant la surface plane de ses toiles pour faire l’expérience d’une forme brute, moulée, blanche, qu’elle marque d’un pigment bleu, appliqué au cordeau de traçage.
Ce souhait de l’artiste de faire apparaître de nouvelles lignes de construction se prolonge jusqu’à garder une trace de la médiane de l’exposition.
Le phénomène d’agrégation choisit par l’artiste pour cet accrochage d’exposition, fonctionne comme un rassemblement d’oiseaux formant un nuage fluctuant et opaque, synchronisé et organisé.
Si chaque oiseau réagit instantanément aux mouvements de ses congénères les plus proches, les peintures de Cassandre Fournet pourraient adopter le même mouvement progressif, à l’échelle d’un groupe d’œuvres ; les mêmes réactions comportementales d’attraction et d’alignement qui produit cet accrochage aux allures de nuée.

